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L’argent est-il mauvais ? Rend-il malhonnête ? Qu’en pense la science ?

Certaines personnes sont convaincues que l’argent est le pire des maux. L’argent rend mauvais, cynique, calculateur, profiteur, égoïste.

Et s’il était démontré que l’argent a effectivement une influence sur nos comportements ?

La psychologue Kathleen Vohs a publié en 2006 les résultats d’une série d’expériences extrêmement intéressantes à propos de l’argent (Kathleen D Vohs «  The psychological consequences of money », Science 314, 2006, P  1154- 1156 ).

Le point de départ de ces expériences était de mettre l’argent présent dans l’esprit des participants à ces études, mais ceci de manière relativement inconsciente. Cela consistait, par exemple, à mettre sur l’économiseur d’écran de l’ordinateur des images représentant des billets de 1 dollar flottant sur l’eau. Dans le même ordre d’idées, d’autres participants recevaient comme instruction de créer une phrase de quatre mots à partir d’une liste de mots qui leur étaient communiquée de sorte que les mots « bien un emploi bureau payé » devenaient facilement « un emploi bien payé ».

La suite des expériences consistait simplement à observer les gens dans le cadre d’une série de situations.

Cela a permis de constater que les gens ayant l’argent à l’esprit, ceci tout à fait inconsciemment, étaient beaucoup plus motivés à résoudre des problèmes très complexes et s’acharnaient même deux fois plus longtemps que les autres avant d’appeler un expérimentateur à l’aide. L’idée de l’argent peut donc  pousser à une plus grande autonomie et à une augmentation de la volonté.

Par contre, ces mêmes personnes ayant l’argent à l’esprit se sont montrées beaucoup plus égoïstes. Elles étaient, par exemple, beaucoup moins disposées à consacrer du temps à aider un autre participant qui prétendait ne pas comprendre la tâche qu’il devait exercer. De même, quand un expérimentateur a fait tomber des crayons par terre, les participants ayant inconsciemment l’argent à l’esprit en ont ramassé beaucoup moins que les autres personnes participant à l’expérience.

Dans une autre situation, il a été annoncé aux personnes qu’elles devraient bientôt discuter avec quelqu’un qu’elles ne connaissaient pas. Il était demandé à chacun d’installer deux chaises, le temps pour l’expérimentateur d’aller chercher cette personne. En moyenne, les participants ayant l’argent à l’esprit ont préféré se placer à une plus grande distance de l’inconnu que ceux qui n’avaient pas l’argent en tête (118 cm plutôt que 80). De façon générale, les participants dans l’esprit desquels avait été glissée une idée d’argent manifestaient une tendance prononcée à préférer rester seul.

La conclusion évidente de cette étude et que, oui, l’idée de l’argent influence le comportement de l’être humain. Pas nécessairement en mal. Être plus autonome, plus déterminé, plus volontaire est clairement positif. À l’inverse, être plus égoïste, avoir du mal à se rapprocher des gens, avoir une attirance pour la solitude sont loin d’être des voies menant au bonheur, que ce soit le bonheur personnel ou le bonheur de l’humanité.

Au-delà de cette première conclusion, il faut bien comprendre que ceci touche tout le monde. Kathleen D. Vohs est professeur aux États-Unis et il y avait probablement peu de communistes parmi les participants à cette étude. Cela étant, il serait tout à fait naïf d’imaginer que seuls les « vilains capitalistes » pourraient être influencés par l’idée de l’argent tandis que les «généreux électeurs de l’extrême gauche » ne seraient pas touchés. Il n’en est évidemment rien.

Dès lors donc que nous sommes tous susceptibles d’être influencés par l’idée de l’argent, deux choses me paraissent devoir être retenues. D’une part, il est bon d’un point de vue personnel de savoir que l’idée de l’argent a certainement une influence sur nous-mêmes et que celle-ci peut être positive mais aussi négative». D’autre part, il est interpellant que l’agent puisse avoir une telle influence. Objectivement, l’argent est une invention géniale puisque c’est ce qui nous a permis d’échapper au troc. Le troc est, certes, sympathique comme activité mais néanmoins lourd et compliqué pour assurer des échanges dans une société qui compte aujourd’hui 6 milliards d’habitants. On ne peut donc que se demander comment cet outil si pratique a pu devenir un symbole tellement puissant que sa seule présence inconsciente suffit à influencer nos vies.

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